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Technologies et environnement : la maîtrise du vivant

Vous êtes ici : » » Technologies et environnement : la maîtrise du vivant ; écrit le: 9 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Technologies et environnement : la maîtrise du vivantTechnologies et environnement : la maîtrise du vivant

L’activité humaine implique la mobilisation de techniques extraordinairement variées pour produire les denrées alimentaires destinées aux bêtes ou aux gens, ou pour obtenir les matières premières avec lesquelles ces derniers créent les outillages dont ils ont besoin et les artefacts dont ils s’entourent. On désigne par technologie l’ensemble des moyens combinés en vue de fabriquer tel ou tel type de’ produits ; ils sont intégrés dans des filières.
Les grandes familles de technologies ont trait :

  •  à la production des denrées agricoles et animales ;
  • à l’exploitation des mines et des carrières ; à la transformation des matières premières ;
  •   au transport des biens obtenus.

Il s’y ajoute les méthodes utilisées pour construire des habitations, des usines, des magasins ou des bureaux, édifier des églises ou des palais ou dresser des monuments.



L’étude des technologies préindustrielles doit beaucoup aux travaux de Marcel Mauss (1947), d’André-Georges Haudricourt (1987), d’André Leroi-Gourhan (1943-1945) et de Charles Parain (1979). Ce sont eux qui ont appris à saisir les logiques qu’elles mobilisent.

Il n’y a pas de technique, et de chaîne technologique, sans acteur pour la concevoir et en contrôler les étapes et le résultat : la mise en œuvre repose sur des schèmes qui lient au but recherché les séquences à parcourir, les gestes à effectuer et les moyens à employer. L’opération s’applique à des matières, s’appuie sur des forces (biologiques, mécaniques ou chimiques) et implique généralement des interventions physiques. Celles-ci se traduisent par des gestes qui portent directe¬ment sur l’objet en cours d’élaboration, ou qui s’aident d’outils et de machines.

Des pyramides écologiques naturelles aux pyramides cultivées

Les hommes sont insérés dans des pyramides écologiques dont ils vivent : les aliments qu’ils en tirent leur fournissent tout à la fois l’énergie dont ils ont besoin pour bâtir leurs tissus, pour maintenir stable l’équilibre de leur milieu interne et pour se mouvoir et agir . Les plantes et les animaux offrent également une gamme variée de matières susceptibles d’être assemblées, travaillées ou transformées : le bois, les fibres, la corne, l’ivoire, etc., sont à la base d’une part essentielle de l’univers instrumental. Les matières, organiques, le bois en particulier, constituent une source toujours importante et qui fut longtemps exclusive d’énergie thermique. En domestiquant les animaux, l’homme a appris à mobiliser à son profit l’énergie mécanique qu’ils sont capables de déployer.

Les groupes primitifs se contentent de prélever dans les milieux naturels ce qu’ils peuvent directement consommer, produits alimentaires et bois essentiellement. Quelle que soit la productivité globale des écosystèmes qu’ils mettent ainsi à contribution, la part qu’ils en extraient est dérisoire : leur organisme n’est pas capable d’assimiler la plupart des matières végétales et animales fournies par l’environnement ; la concurrence d’autres espèces réduit ce qu’ils pourraient espérer récolter ; des affections parasitaires et des maladies menacent leur santé. La maîtrise de l’environnement vivant passe donc par la propagation d’espèces favorables et par l’élimination de celles qui sont concurrentes ou s’attaquent aux organismes humains.

Dès que les hommes apparaissent, les prélèvements qu’ils effectuent introduisent une certaine forme de sélection ; elle raréfie malheureusement les espèces utiles et favorise la prolifération de celles qui sont nuisibles. Le feu est le premier moyen de transformation massive et parfois positive de l’environnement (Sigaut, 1975) : il élimine la plupart des plantes ; les jeunes pousses qui viennent alors sur les cendres sont généralement plus utiles au gibier, aux troupeaux, voire directe¬ment aux hommes, que les arbres ou les grandes graminées qu’elles remplacent.

La maîtrise du vivant ne s’affirme cependant qu’avec la domestication des plantes et des animaux. Pour les premières, deux familles de techniques apparais¬sent à peu près simultanément : ou bien l’on récolte des graines que l’on sème, ou bien l’on prélève un fragment de tige (une bouture) ou de racine que l’on plante.La plupart des semences sont petites : on ne peut que les répandre au hasard. Elles no germent et ne lèvent que sur un sol qui leur convienne et où elles n’ont pas à craindre la concurrence d’autres espèces. Il convient donc de substituer à l’assemblage souvent prodigieusement varié de micro-milieux qu’offrent les environnements naturels un espace aussi homogène que possible.

Les plantes que l’on bouture ou celles dont les semences sont volumineuses reçoivent un traitement différent : on peut sélectionner l’endroit où on les insère, éviter les racines ou les tiges qui seraient directement concurrentes et se contenter, pour la préparation du sol, de creuser un trou avec un bâton ou une houe. Il est également plus facile d’associer des espèces multiples sur une même pièce de terre de manière à constituer un milieu cultivé dont la complexité rappelle celle
des associations spontanées.

Deux familles de technologies agricoles sont nées de ce choix fondamental (Hahn, 1914 ; Haudricourt et Hédin, 1943 ; Isaac, 1980) : d’un côté, il y a des agricultures à base céréalière mobilisant araires ou charrues pour la préparation des sols, de l’autre des agricultures fondées sur le bouturage ou tubercules et qui se contentent, pour préparer la terre, d’outils à main. Le monde est ainsi divisé en deux blocs : le premier est né autour du Moyen-Orient ; la céréaliculture et la domestication des animaux y ont été précoces, ainsi que l’habitude d’atteler ces derniers pour retourner les champs. De l’Europe occidentale et du monde méditerranéen au Japon ou à l’Indonésie, les options maîtresses qui dominent la vie agricole sont voisines. Le second bloc, celui des agricultures à la houe, caractérisait, avant les Grandes Découvertes et la diffusion des techniques qu’elle a entraînée, le Nouveau Monde, l’Afrique au Sud du Sahara, les montagnes de l’Asie du Sud-Est et de l’Indonésie, et l’Océanie.

Les civilisations sont profondément marquées par les plantes et les animaux sur lesquelles elles reposent : il y a des civilisations du riz (Gourou, 1986), de la fausse-banane — L’ensat — des hauts plateaux du Sud de l’Éthiopie (Gourou, 1970 ; Gascon, 1995) ou du châtaignier (Pitte, 1986).

La création et l’entretien des pyramides écologiques cultivées

La maîtrise des pyramides écologiques passe donc par le défrichage. Celui-ci se fait souvent par le feu qui a le mérite d’éliminer d’un coup la plupart des espèces animales ou végétales. Les prairies et savanes brûlent facilement en saison sèche ; les arbres doivent être abattus.

Les pyramides écologiques mises en place par les hommes sont fragiles. Leur réussite implique, après le défrichage et les façons qui standardisent plus ou moins le milieu, des méthodes de contrôle des espèces concurrentes et des animaux nuisibles, et des stratégies de restitutions. Les jachères (fig. 21), surtout si elles sont longues, satisfont ces deux objectifs. Lorsque les rotations font appel aux légumineuses, l’azote fixé dans les nodosités de leurs racines assure une partie des restitutions nécessaires. Des apports extérieurs sont néanmoins nécessaires : fumures animales ou composts végétaux, avant que les engrais chimiques ne facilitent le travail.

Les techniques de l’élevage

La domestication des animaux implique une maîtrise préalable de l’espace : il faut isoler les bêtes, les habituer à vivre avec les hommes et castrer ou éliminer tous les mâles qui ne sont pas nécessaires à la reproduction. Il faut enclore des pâtures ou apprendre à surveiller les troupeaux, éviter qu’ils ne s’égaillent dans la nature et les rassembler le soir à l’abri de leurs agresseurs potentiels. Le chien s’est révélé, dans ce domaine, un auxiliaire précieux, comme le rappelle Xavier de Planhol (1968) : cet animal a longtemps servi à défendre les troupeaux contre les grands carnivores ; dans le milieu sans prédateurs de l’Islande, on lui a appris à diriger et à faire manœuvrer les troupeaux, ce qui facilite grandement la tâche des hommes.

La domestication des animaux implique qu’on leur fournisse une alimentation adéquate : des pâtures naturelles ou améliorées par le passage du feu, des prairies soigneusement entretenues ou certaines récoltes. La domestication conduit ensuite à l’attelage des bêtes de trait, à la traite des vaches, des chèvres ou des brebis, à l’élaboration des produits laitiers, à la tonte des moutons, et à la production de viande.

La transformation des produits

Les produits fournis par les végétaux et les animaux ne sont généralement pas directement consommables. Il faut les soumettre à des transformations mécaniques (moudre, tamiser, filtrer) et à des opérations chimiques, celles qu’entraîne la cuisson par exemple. Les mutations peuvent également résulter de processus biologiques : fermentation lactique pour les fromages, fermentation éthylique pour le vin, la bière, le cidre et les autres boissons alcoolisées, fermentation acétique pour le vinaigre et la conservation de certains produits, la choucroute par exemple, fermentation de la pâte boulangère sous l’action du levain etc. La préparation du chanvre et du lin implique des opérations de rouissage, qui séparent les fibres en détruisant la matière gommeuse qui les lie.

La mobilisation de l’énergie mécanique des animaux repose sur des dispositifs (les attelages) qui transmettent le mouvements aux masses que l’on désire entraîner. Pour ne pas gaspiller l’énergie calorifique du bois, celui-ci doit se consumer dans des enceintes spécialement aménagés, cheminées ou fours.

La maîtrise des pyramides écologiques repose sur des techniques de division de l’espace, de contrôle de la végétation naturelle et de standardisation des sols. Elle implique la transformation d’immenses surfaces — la quasi-totalité de l’espace dans les cas les plus favorables. Une autre famille de techniques a un impact important sur l’environnement : les travaux de terrassement et de construction —- mais elle ne transforme que des emprises plus limitées.

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