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Les limites de la technologie

Vous êtes ici : » » Les limites de la technologie ; écrit le: 21 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Les limites de la technologie

Résurgence de l’illusion scientiste de la fin du XIXe siècle, le salut par la technologie est mis sur le devant de la scène lorsque les adversaires de la problématique poli­tique du développement durable et du réchauffement cli­matique, se retrouvent à bout d’arguments. En voici trois exemples : l’éloge de technologies de haut niveau présen­tées comme alternatives, celui de la construction HQE (Haute Qualité environnementale), et celui des « symbioses industrielles ».

La bauxite a été découverte en 1823, en France, dans le village provençal des Baux-de-Provence d’où elle tire son nom. Cette roche sédimentaire est la source principale de l’aluminium. Pour produire une tonne d’aluminium, il faut aujourd’hui 33 % d’électricité de moins qu’en 1950 – ce qui est bien, mais le recyclage d’une tonne d’aluminium économiserait 4 t de bauxite, ce qui serait encore mieux. En outre, le recyclage de ce métal n’aurait pas de limites et nécessiterait seulement 5 % de l’énergie nécessaire pour le produire. D’ailleurs, une grande partie des besoins en alu­minium est couverte par le recyclage. La menuiserie alu­minium est également capable de porter d’épais double- vitrages, facteurs d’économie d’énergie et de confort acous­tique. Enfin, il est aisé de montrer que les constructions en aluminium sont plus aisément démontables que les constructions classiques équivalentes : les pièces déman­telées, qui autrement seraient des déchets, deviennent une ressource.

L’un des rôles des scientifiques et des ingénieurs sou­cieux d’économie d’énergie, de développement durable et de lutte contre l’effet de serre est donc de mettre au point l’usage de matériaux et de technologies présentant, à l’instar de l’aluminium, les même types d’avantages dans tous les domaines, y compris l’agro-alimentaire. Les enjeux du réchauffement planétaire, les économies d’énergie et le développement durable des sociétés humaines sont ainsi ramenées à des problèmes de progrès technologiques et de pénétration des marchés par de nouveaux produits, « écologiques » ; exit, les aspects politiques de la question…

De manière comparable, une nouvelle panacée est par­fois proposée pour résoudre les mêmes problèmes : la cons­truction « Haute Qualité environnementale ». Il s’agit de nouvelles normes apparues en architecture et en urbanisme il y a une dizaine d’années. Il s’agit de se soucier du confort et de la santé des habitants, d’économiser l’énergie (par le recours à l’énergie solaire et à des lampes basses consomma­tion), d’économiser l’eau (par captage et recyclage des eaux



de pluie pour les toilettes, l’entretien et l’arrosage), d’économiser les ressources non renouvelables (par l’utilisa­tion du bois, de l’aluminium recyclé, etc.), de diminuer autant que faire se peut les nuisances des chantiers, et de diminuer les coûts pour les constructeurs, les propriétaires et les occupants (en prévoyani des salles polyvalentes et des aménagements collectifs aisément modulables).

Les bâtiments doivent être en relation harmonieuse avec leur environnement. Une attention particulière est portée à la gestion des déchets (il convient de faciliter le tri). Les problèmes d’humidité et de qualité de l’air, sou­vent liés aux économies de chauffage, doivent être maîtri­sés. L’isolation thermique et donc acoustique est particu­lièrement recherchée. Les matériaux employés doivent être inodores (il s’agit d’un facteur important du confort). Les conditions sanitaires des espaces d’habitation ou de travail font partie des exigences HQE. Plus généralement, la cons­truction HQE s’attache à utiliser des méthodes d’économie d’énergie disponibles sur place et avantageuses. C’est le cas de la géothermie.

La géothermie est une énergie renouvelable qui utilise la chaleur de la croûte terrestre par captage en profondeur des eaux chaudes. Quand c’est chimiquement possible, c’est-à- dire quand elles n’attaquent pas ou n’obstruent pas les canalisations, on peut utiliser directement ces eaux (jusqu’à 90 °C) dans des réseaux de chauffage central collectif. On peut même se servir d’eaux plus chaudes (jusqu’à 130 °C) pour actionner des turbines et produire ainsi de l’électricité lorsqu’il existe une activité volcanique, comme en Guade­loupe (champ géothermique de Bouillante). L’inconvénient est qu’elle n’est ni transportable ni disponible partout. Tou­tefois il semble qu’elle ait un certain avenir.

Mais il y a mieux. Cela porte un nom étrange : il s’agit de « Symbiose industrielle ». En biologie, une symbiose est l’association durable et réciproquement profitable de deux ou plusieurs êtres vivants. Le héron garde-bœuf Bubulcus ibis qui, en Afrique, se nourrit des parasites de son buffle, est en symbiose avec lui. Tout comme l’est avec nous notre flore intestinale. Pour le développement durable, il s’agit de rapprocher des industries complémentaires, de telle sorte que les déchets des unes puissent être utilisés comme res­sources par les autres. Il s’agit également de réduire les coûts de production en partageant et en réutilisant certaines ressources comme l’eau. L’idée n’est pas nouvelle. Elle est née il y a trente ans à Kalundborg au Danemark. L’eau usée d’une raffinerie de pétrole est réutilisée pour refroidir une centrale électrique qui revend de la vapeur à cette même raf­finerie, à une entreprise de biotechnologies, à une usine de fabrication de panneaux de plâtre et à la ville de Kalundborg elle-même ! Les économies réalisées sont immenses et les atteintes à l’environnement ont fortement diminué. L’idée de « symbiose industrielle » est parfois mise en avant pour montrer que les exigences du développement durable sont compatibles avec les performances et la rentabilité indus­trielles, ainsi qu’avec l’idée libérale selon laquelle les méca­nismes « naturels » de l’économie de marché peuvent géné­rer des solutions en harmonie avec les exigences écologiques du développement durable de la planète.

Les trois « solutions » qui viennent d’être brièvement évoquées – les technologies de pointe, les normes HQE et l’idée de symbiose industrielle – sont intéressantes pour l’avenir et porteuses d’espoir. Ce qui est illusoire n’est aucunement ce qu’elles sont et encore moins ce que repré­sentent leurs potentialités, mais l’idée qu’elles pourraient en soi représenter une issue à la crise environnementale que nous connaissons. Elles sont pourtant régulièrement mises sur le devant de la scène par les mouvements écologistes.

Un certain souci nostalgique de la nature s’est très tôt manifesté dans le monde occidental. Ce genre de phéno­mène est toujours difficile, sinon impossible à dater mais il laisse des traces indubitables dès la Renaissance. Toutefois, les prémices de ce que l’on nomme aujourd’hui « écolo­gisme » apparaissent beaucoup plus tard, sans doute en réac­tion contre les effets néfastes de la révolution industrielle.

Vidéo : Les limites de la technologie

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