Pourquoi l’hiver de 1709 est-il resté mémorable ?

> > Pourquoi l’hiver de 1709 est-il resté mémorable ? ; écrit le: 7 mars 2012 par Mahfoudhi modifié le 17 novembre 2014

L’hiver mémorable

On s’arrêtera, comme typique, à l’hiver de 1708- 1709 : c’est, après 1684 et tutti quanti, le premier hiver « maximal » bien connu d’après les mesures thermométriques de l’époque1. Selon Jurg Luterbacher : en jan­vier et février 1709, on a enregistré le plus grand froid éprouvé depuis 500 ans, avec une température inférieure de 3° aux moyennes normales en Europe et dans la Russie de l’Ouest ! Un tel hiver ne peut revenir que très rarement compte tenu des conditions propres aux années 1700-1900. Considérant le réchauffement actuel, « 1709 » ne pourrait avoir lieu qu’une fois tous les 100 000 ans ! Paradoxalement, cet hiver a pris place en un moment d’assez net réchauffement progressif dans les moyennes hivernales (1685-1738) : effet de la variabilité multidécennale, intra séculaire ou séculaire, à moyen terme (XVIII ème siècle) par contraste avec le très long terme multiséculaire qui, lui, reste grosso modo de type PAG.

On a pu mesurer l’avance de la ligne 0°, en particulier entre le 5 et le 7 janvier 1709. La vague d’air arctique des -20° s’avance avec une vitesse de 40 km/h vers le sud. À minuit, le 7 janvier, elle atteint les Pyrénées, produisant un choc mortel sur les oliviers et citronniers perpignanais. La carte de Lachiver, s’agissant de 1709, décrit visuellement cette invasion d’air arctique depuis l’Islande jusqu’à la Méditerranée, vague glaciale qui se situe à l’est de l’anticyclone des Açores lui-même refoulé très à l’ouest de l’Espagne et au sud-ouest du Maroc. Cet hiver 1709, fort étale dans la durée, ne compte pas moins de sept vagues de grand froid, numérotées ci-après, dans la foulée d’un été frais (1708). Soit ce « septuor » : octobre (1), novembre (2), décembre 1708 (3), janvier (4) ; du 4 au 10 février (5), du 22 à la fin février (6), du 10 au 15 mars (7). C’est la vague 4, la plus dure, qui crée une pointe de mortalité. Par ailleurs, elle tue les céréales, qui n’ont pas la couverture de neige protectrice : l’on survivra grâce à l’orge semée au printemps suivant, à la Columelle. Suivant C. Pfister, un anticyclone de type sibérien, avec flux d’air polaire, serait venu de l’est ou du nord-est, dont les effets se sont fait sentir jusqu’à Naples et Cadix : l’Èbre est prise par les glaces, en Espagne. Stockholm connaît encore une gelée en avril, même si, par un effet de bascule, le Groenland est épargné. À Paris, on enregistre 19 jours à -10° ; les oliveraies méridionales sont anéanties, et seront remplacées par des vignes. Même si la catastrophe n’est pas équivalente à la famine de 1693, on note de ce fait une hausse de la mortalité ; le prix du froment augmente, passant de 9 livres le setier en juin 1708 à 25 livres en mars 1709, et à 45 en mai-juin 1709, soit un quintuplement pour le moins ! Tous les fleuves et les lacs sont pris, de Riga et Stockholm, à Naples et Cadix. L’Angleterre, plus océanique, est atteinte dans une moindre mesure ; mais Londres connaît une période de gel, depuis Noël jusques à fin mars. Tous les pays du Nord, ainsi que la France, l’Italie, l’Espagne, sont concernés ; les mers sont plus ou moins partiellement gelées sur les bords, la Baltique est couverte de glace encore le 8 avril 1709, ainsi que les rivières – la Meuse est prise à Namur. Les lacs de Constance et de Zürich peuvent être traversés en voiture. De nombreuses espèces d’insectes et d’oiseaux sont anéanties ; les arbres sont gelés jusqu’à l’aubier, comme en témoignent les tree-rings. Le sud de la France est peut-être plus froid encore que Paris ; la Provence perd ses orangers. On mange l’asphodèle, l’arum, le chiendent. Le pain d’avoine arrive jusqu’à la table de Madame de Maintenon… Le dégel, spec­taculaire, entraîne de grosses inondations de débâcle en Loire, et fait éclater les arbres. Le bilan, certes moindre qu’en 1693-1694 (1 300 000 décès en plus !), s’élèvera pour la France à 600 000 morts supplémentaires (froid de 1709, famine, sous-ali­mentation, donc épidémies collatérales).

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