En quoi peut-on parler d’un dégel aux divers sens du terme… sous Louis XV ?

> > En quoi peut-on parler d’un dégel aux divers sens du terme… sous Louis XV ? ; écrit le: 7 mars 2012 par Mahfoudhi modifié le 17 novembre 2014

En quoi peut-on parler d’un dégel aux divers sens du terme… sous Louis XV ?

Il est vrai que le XVIII ème  siècle, d’après J. Luterba- cher, connaît un certain réchauffement, qui se traduit par un léger retrait des glaciers alpins – même s’ils restent déployés dans leurs dimensions assez vastes, typiques du PAG. Ce réchauffement a-t-il eu une influence positive sur l’agriculture en Europe et même en Chine, marquée alors par un puissant essor démographique ? C’est bien possible. Néan­moins le même phénomène peut aussi se révéler dangereux, puisqu’il engendre canicules et dysenteries, comme ce fut le cas lors des années 1704-1707, bien étudiées par Marcel Lachiver, mais surtout, sous la Régence, en 1718-1719 : deux canicules estivales se succèdent alors ; responsables en 1719 d’une mortalité supplémentaire de 450 000 personnes, essentiellement bébés et enfants. Une telle invasion de la mort équivaudrait aujourd’hui, les démographes font aisément le calcul, à 1 300 000 décès pour notre population française de 60 millions d’habitants, presque triple de celle de la Régence. Les causes de la dysenterie 1719 sont à chercher dans l’excès de chaleur qui induit une évaporation excessive, puis une infection des eaux, devenues trop basses. Le cas s’est reproduit lors de la canicule de 2003, notamment sur le lit du Pô, mais sans conséquences graves pour les enfants. En revanche, les seniors, oui.

La Régence de Philippe d’Orléans est un épisode bien connu de détente politique, après le règne très dur de Louis XIV. Mais aucun historien de la Régence, à commencer par Dom Leclercq, n’a mentionné en détail le tragique événement météo- mortalitaire de 1719, à l’exception des démographes et de Marcel Lachiver. Un accident du même genre s’est produit par ailleurs lors de l’automne chaud de 1747, ainsi qu’en 1779, au temps des étés et années brûlantes de 1778-81, occasionnant la mort de 200 000 personnes chaque fois, lors de ces deux épi­sodes, ainsi que Font bien montré F. Lebrun et J.-P. Goubert. Comme en 2003, le Val de Loire (golfe d’air chaud ?) a particulièrement souffert. Ce fâcheux phénomène « local » doit-il être imputé à la localisation des masses d’air, au détriment d’une telle région, en période de canicule ? En 1779, comme en 2003…

En revanche, sous Louis XV post-1723, et dans un style différent, le millésime 1725 peut être qualifié d’année du « pot-au-noir » : après un été très sombre, nuageux et pluvieux, la disette menace (mauvaises récoltes), et de nombreuses émeutes de subsistance éclatent, en particulier dans Paris (et aussi, de même, quinze plus tard, en des circons­tances semblables, contre le cardinal Fleury, Pre­mier ministre très âgé : « Le peuple mourait de faim, le Cardinal mourait de peur»). Mais en 1725 aucune guerre ne venait perturber le paysage commercial et maritime. En ce qui concerne la pseudo-famine de 1725, on peut même dire tout simplement que, en fin de compte, elle n’a pas eu lieu ! C’est du Giraudoux… C’est aussi le début, dans cette France de Louis XV, des syndromes du complot de famine, imputé au roi et à ses maîtresses : calom­nie, certes, mais dont on ne pourra négliger l’in­fluence, plus tard, sur les motivations et le déclenchement de la Révolution française (sembla- blement, l’énorme « bobard » du collier de la Reine).

Vient l’année 1740 en effet et son cortège de saisons froides ou humides, depuis l’hiver jusqu’à l’au­tomne et aux inondations de décembre. Une partie de la récolte de blé est détruite, dans le nord et le sud de la France, mais aussi dans la majorité des pays d’Europe de l’Ouest, engendrant sous-alimen- tation et mortalité, y compris chez les Anglais, le tout en 1740 et lors du printemps 1741.

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