Quelles sont les méthodes de l’histoire du climat ?

> > Quelles sont les méthodes de l’histoire du climat ? ; écrit le: 6 mars 2012 par Mahfoudhi modifié le 17 novembre 2014

Les méthodes de l’histoire du climat

L’histoire du climat, que pour ma part j’ai entreprise initialement, dès les années 1950, à partir d’études de terrain sur les langues terminales des glaciers alpins (Chamonix, Grindelwald, Aletsch… et Vernagt en Autriche), utilise diverses méthodes :

  •  L’étude de la croissance des arbres, via les tree- rings (anneaux des arbres), dite dendrochronologie, dont l’éminente spécialiste fut la regrettée Mme Serre- Bachet. La recherche dendrochronologique est spécialement captivante s’agissant de la Scandinavie, où les tree-rings dépendent étroitement de la chaleur (croissance des anneaux des arbres) ou de la fraîcheur (qui se traduit par des anneaux plus minces, sinon inexistants).
  •  L’étude des dates des vendanges, ensuite, relève de la phénologie (connaissance des dates d’apparition de tel stade de la maturité des plantes : moisson, cueillette des olives… voire début du chant de certains oiseaux…). Cette « vendémiologie » est aujourd’hui reconnue dans

la communauté scientifique européenne et nord-américaine comme une source de premier plan pour l’histoire du climat. Méthode inaugurée par Alfred Angot au xix6 siècle et reprise en 1955 par Marcel Gamier, bon météorologiste français. La date des vendanges n’est pas, bien sûr, un thermomètre ultra-précis ; mais, pré­coce ou tardive, elle donne une indication tendancielle sur le plus ou moins de chaleur ou de fraîcheur du printemps et de l’été. Pour la période 1787-2000, on obtient une bonne corrélation entre les dates de vendanges bourguignonnes et les températures mesurées à Paris de mars à août-septembre. Les dates de vendanges ont désormais une légitimité internationale ; elles sont également étudiées en Allemagne du Sud, Suisse, Italie…

  •    De nouveaux documents, inédits, ont été mis au jour en Espagne par M. Barriendos : il s’agit des rogations en cas de sécheresse ou de pluviosité excessive, classées en cinq gradations de cérémonies plus ou moins longues et intenses en fonction de la gravité du mal à combattre, gradations qui vont de la simple prière au grand pèlerinage ; les rogations sont considérées aujourd’hui par les historiens ibériques comme un instrument de mesure presque aussi précis que les dates de vendanges, et cela antérieurement aux mensurations et séries thermométriques, c’est-à-dire avant 1659 (début de la série thermométrique anglaise).
  •   L’étude des glaciers reste une source d’information primordiale pour l’historien du climat. Fernand Braudel avait signalé dès 1949 la poussée glaciaire alpine à la fin du xvie siècle. Dans sa thèse, La Médi­terranée et le monde méditerranéen au temps de Phi­lippe II, il cite l’article précurseur (1937) de U. Monterin, glaciologue italien, notant lui-même cette avance glaciaire dans les Alpes autour de 1600 Aujourd’hui on connaît bien le PAG, qui n’implique qu’une faible différence thermique néga­tive (1° ou moins) par rapport au XXe siècle : mais malgré une forte variabilité – recul des appareils glaciaires après 1540, puis leur avance lors des décennies 1580 à 1610, jusqu’à la débâcle alpine à partir de 1860 -, le terme de PAG se justifie dans la mesure où, de 1303 (selon C. Pfister) jusqu’à 1860, les glaciers des Alpes ont été constamment plus gros qu’entre 1860 et 2007. Cette constance et cette très longue durée du PAG est bien mise en valeur par le graphique de Zumbühl (1980) et les diagrammes de Holzhauser relatifs aux glaciers de Grindelwald, Gorner et Aletsch2. D’évidentes fluctuations intermédiaires ne sauraient remettre en question le concept alpin de PAG, du fait d’une progression de
  •   la longueur physique des glaciers, et de la très durable « grande marée », sur plus de cinq siècles (1300-1860) des appareils glaciaires, dorénavant prouvée.
  •      L’étude des pollens est précieuse au regard de la longue durée, en particulier pour dater certaines poussées glaciaires dans les Alpes : l’apparition ou la disparition des pollens de diverses plantes dans les tourbières, les changements d’essences forestières peuvent correspondre à des moments où le glacier se rapproche, où la température se rafraîchit. Le facteur anthropique étant important (agriculture), l’étude des pollens se révèle pertinente, en particulier pour la préhistoire : ce fut l’époque d’un optimum climatique, entre – 5500 et – 3000, qui atteignit son maximum au quatrième millénaire avant l’ère chrétienne ; l’étude des pollens y a révélé la présence de plantes thermophiles comme le hedera viscum et Yilex (chêne-vert) jusque dans des régions septentrionales (ainsi que l’expansion de la tortue des marais). De nos jours, le chêne-vert revient dans les régions septentrionales de la France (réchauffement climatique).

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