Inondation : Le cas des « épisodes cévenols »

> > Inondation : Le cas des « épisodes cévenols » ; écrit le: 18 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Le cas des « épisodes cévenols »

Il faut ainsi dissocier la dimension strictement clima­tique des incendies dans le sud-est de la France et les cir­constances sociales, politiques et économiques qui peuvent transformer ces événements somme toute assez communs en tragédie. C’est également le cas des « épisodes céve­nols », ces précipitations violentes qui affectent régulière­ment, en France, les départements de l’Hérault, du Gard et du Vaucluse, provoquant régulièrement des inondations catastrophiques.

L’expression « épisode cévenol » désigne des circons­tances météorologiques caractérisées par des vents du sud humides qui remontent les versants sud du Massif central. En gagnant de l’altitude, ces vents se refroidissent, des nuages se forment et des précipitations plus ou moins importantes, qui peuvent s’étendre sur une assez longue durée, surviennent alors. D’où, parfois, des inondations violentes provoquées par d’intenses ruissellements. En fin d’été, des orages très violents peuvent aggraver la situation de manière dramatique. Il arrive que l’expression « épisode cévenol » soit employée pour désigner de fortes précipita­tions dans la région engendrant de soudaines montées des eaux, sans que le relief des Cévennes soit en cause.

Pour donner une idée de l’importance de ces précipita­tions, il faut rappeler qu’elles sont exprimées en millimè­tres d’eau et que 1 mm d’eau équivaut à la chute d’un litre par mètre carré. Or ce sont des centaines de millimètres qui caractérisent les épisodes les plus importants. Ainsi, les 12 et 13 novembre 1999, de très graves inondations frappent le département de l’Aude, avec plus de 600 mm à Lézignan, soit 600 1 d’eau par mètre carré en trente-six heures ! Mais il y a eu bien pire : 1 000 mm le 17 octobre 1940 dans le Roussillon et parfois 2 000 mm en cinq jours. C’est-à-dire 2 t d’eau par mètre carré ! Le 22 sep­tembre 1992, ce sont 300 1 qui tombent en moins de six heures, faisant déborder l’Ouvèze, un affluent de la Sorgue de 85 km, qui arrose Vaison-la-Romaine.

Entre les 8 et 10 septembre 2002 un épisode cévenol particulièrement important touche les départements du Gard, du Vaucluse et de la Lozère, et de manière moins intense, les Bouches-du-Rhône, l’Ardèche et la Drôme. La superficie affectée est considérable. On observe dans le Gard un maximum de 687 mm (687 l/m) à Anduze, cité historique aux portes des Cévennes. Or les normales men­suelles pour la région de Nîmes oscillent entre 60 et 80 mm par mois alors que les normales annuelles n’excèdent pas 800 mm2. Le niveau du Gardon monte de près de 20 m, recouvrant en partie le pont de Russan et totalement le pont Saint-Nicolas entre Nîmes et Uzès ! Des villages sont dévastés, des maisons emportées, des routes coupées et des ponts détruits (44 ponts endommagés). Sur des dizaines de kilomètres, la ripisylve est couchée. Vingt-quatre person­nes sont mortes. De nombreuses familles ont tout perdu, sur un territoire sinistré à 80 %. Les dégâts sont évalués à 1,2 milliard d’euros.

En décembre 2003 survient un nouvel épisode cévenol, non seulement destructeur mais aussi très significatif. La canicule a considérablement réchauffé la Méditerranée. On sait que les mers ont une inertie thermique bien plus importante que les terres. De grosses formations nuageuses se forment donc au-dessus des eaux et sont poussées par les vents du sud en direction des pentes cévenoles. Le lundi 1er décembre, de forts orages éclatent en soirée dans la région de Marseille. Le mardi 2 décembre, les pluies tou­chent la vallée du Rhône, jusque très au nord. Le 3 décembre, les précipitations se décalent vers l’ouest. Un front orageux touche la région de Montpellier (129 mm dans la ville même). Dans l’après-midi, les pluies attei­gnent l’Aude, les Pyrénées orientales, puis la région Midi-Pyrénées. En Ardèche, les 300 mm de pluie sont dépassés. Presque partout, les 200 mm (200 1 d’eau par mètre carré !) sont dépassés. Rappelons qu’en novembre- décembre, la moyenne mensuelle habituelle est quatre fois moindre. Par ailleurs, on relève des vents d’est très forts (144 km/h à l’île du Levant) qui freinent l’écoulement des rivières, facilitant ainsi les débordements.

On connaît la suite : sept départements sont durement frappés : le Vaucluse, l’Ardèche, le Rhône, la Loire, la Haute-Loire, les Bouches-du-Rhône et le Gard ; la Croix- Rouge française y ouvre des Centres d’hébergement d’urgence (chu). À Beaucaire, le débit du Rhône atteint 12 600 m3/s. Une grande partie de la Camargue est sous les eaux. Les eaux qui s’engouffrent par la brèche de Fourques, le long du petit Rhône, provoquent la coupure de l’autoroute Arles-Nîmes et menacent Aigues-Mortes (en outre menacée par un débordement du canal du Rhône à Sète qui traverse la ville). Les 2 700 habitants du village de Fourques sont évacués. Plus de 150 taureaux et plus de 50 chevaux camarguais sont noyés, et de nombreux autres sont en grande difficulté pour s’alimenter. Plus de 25 000 lignes téléphoniques sont coupées dans le Sud-Est, dont 8 000 à Marseille. Des centaines de routes sont inondées.

Le jeudi 4 décembre, je suis invité à commenter la situation sur la chaîne de télévision Canal Plus. En me rendant au studio, j’entends sur une station de radio que de très nombreuses dérogations ont été accordées dans les régions inondées pour construire des habitations privées ou des équipements dans des zones inondables du départe­ment du Gard, notamment. Comme chacun d’entre nous, je le savais, mais cela restait assez abstrait dans mon esprit. Ce soir-là, sur le plateau, j’ai été touché par le reportage qui introduisait le débat auquel j’allais participer et qui était intitulé : « Pourquoi le déluge ?» Le reportage avait été tourné le jour même dans la commune de Beaucaire. On y voyait des gens simples, pas très riches en tout cas, accablés par ce drame. Les plus anciens faisaient savoir qu’ils étaient habitués à lutter contre les inondations ; ils évoquaient même celle de 1951, dont les eaux n’étaient toutefois pas « montées si haut ».

En début de matinée, la menace se précise : « La digue risque de partir », dit le président du Comité de défense de la digue. Elle a été construite il y a deux ans et elle a résisté en 2002. Il reste un peu d’espoir. Mais les infiltrations sur­viennent, les eaux débordent et emportent lentement le haut de l’ouvrage. A une question de la journaliste sur la responsabilité de la Mairie dans la délivrance de permis de construire dans cette zone, Mme Mireille Cellier (maire de Beaucaire), répond avec un petit rire entendu : « La Mairie est toujours accusée de tout »… On n’en saura pas plus. Et surtout pas s’il était raisonnable de construire un lotisse­ment à cet endroit. Toutefois, pour être juste, Mireille Cel­lier n’est élue que depuis avril 2003 : elle n’est donc pas juridiquement responsable du scandale. Il reste que la zone a été déclarée non inondable après la construction d’une digue de protection. Or celle-ci a été d’emblée jugée trop basse et fragile par les riverains, et les faits leur ont donné, hélas ! raison. Cette fois, ce ne sont plus les habitants sinis­trés qui accusent, mais l’impitoyable montée des eaux : cette digue qui devait initialement être enrochée, ne l’a pas été.

L’un des habitants du lotissement venait d’emménager, juste avant la canicule : « Vingt centimètres d’eau dans une maison réputée insubmersible… après vingt ans d’écono­mies… merci à la Mairie de Beaucaire. » Il est vrai que les pressions financières sont fortes et pèsent inévitablement sur les décisions des commissions municipales concernées : le site internet de la Mairie de Beaucaire indique qu’ « une vingtaine d’agences immobilières sur Beaucaire et Tarascón recensent la quasi-totalité des offres (location et vente). Quelques agences en Lubéron (Gordes, Roussil­lon), à Saint-Rémy, aux Baux-de-Provence, à Arles ou à Nîmes proposent souvent des demeures d’exception. La mairie tient à jour une liste non exhaustive des offres de locations et de vente sur la commune »’.

Ce genre de situation ne saurait évidemment être le fait de la seule ville de Beaucaire ; cette agglomération n’a été prise en exemple qu’en raison du reportage télévisé évoqué plus haut : il est maintenant de notoriété publique que de très nombreux permis de construire ont été abusivement accordés dans la plupart des zones inondables de la région, non seulement dans le département du Gard, mais égale­ment dans les départements limitrophes. A Sommières,

dévastée par le Vidourle en 2002, la caserne des gendar­mes, la caserne des pompiers, le supermarché avaient été construits, en toute légalité, sur des terrains inondables. La caserne de gendarmes devra être déplacée dans une com­mune voisine. En revanche, les pompiers pourraient rester sur place en raison du coût trop élevé d’un éventuel dépla­cement…

Pourtant, les commissions municipales concernées ont été averties par de nombreuses crues précédentes, et certai­nes en ont tiré les leçons : ainsi, par exemple, la ville de Nîmes a été déclarée en « catastrophe naturelle » à huit reprises tout comme le furent les communes de Beaucaire, de Bagnols-sur-Cèze, Génolhac ou Montfrin. D’ailleurs, 56 % des communes gardoises contiennent une « zone inondable et cartographiée ». Songeons que depuis 1900, la station météorologique du mont Aigoual (1 567 m) aurait recensé 52 épisodes pluvieux dépassant les 400 mm et 20 dépassant les 600 mm (le record assuré étant de 608 mm, c’est-à-dire 608 1 par mètre carré).

Les commissions municipales ont cependant à faire face à deux types de pression : le premier vient des promo­teurs immobiliers qui cherchent à faire transformer en zones constructibles des zones inondables. Il s’agit alors de procéder à divers aménagements, comme la mise en place de bassins de rétention ou de digues. Le second type de pression, déjà évoqué, est lié au premier : les zones inonda­bles sécurisées ou prétendument sécurisées sont moins chères et donc très attrayantes pour les moins favorisés. Mais quelles ressources pour une commune qu’un nou­veau lotissement ! Les taxes ne sont d’ailleurs pas seules en cause. Vingt pavillons représentent en moyenne 80 personnés, qui vont contribuer, en consommant, à la vie des com­merces locaux. C’est très tentant pour n’importe quel élu soucieux de sa commune : pour ce genre de raisons, quoique honorables, les dérogations sont souvent accor­dées à la légère.

En septembre 2005, comme presque chaque année, le Gard a été violemment frappé par les inondations. Le trafic SNCF a été perturbé dans le sud-est de la France. Beaucoup de routes ont été coupées. Des opérations de pompage se sont déroulées pendant une semaine, et dans la « Petite Camargue », une zone marécageuse située au sud de Nîmes, 16 communes (plus de 12 000 habitants au total) ont été privées d’eau potable. Les vignes des Costières de Nîmes ont été touchées. Des établissements scolaires ont été fermés pendant plusieurs jours. Dans les Alpes- Maritimes, l’autoroute A8 a été fermée entre La Turbie et Roquebrune-Cap Martin en raison d’un éboulement.

Vidéo : Inondation : Le cas des « épisodes cévenols »

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