Les incendies de forêt

> > Les incendies de forêt ; écrit le: 18 mai 2012 par Samouha modifié le 30 décembre 2018

Les incendies de forêt

En 2003, les incendies de forêt qui furent particulière­ment intenses, destructeurs et meurtriers au cours de ce

même été sont des conséquences directes de la sécheresse qui sévissait depuis plusieurs mois en France, ainsi que des vents desséchants liés aux températures caniculaires régnant sur l’Hexagone depuis la mi-juillet. Des dizaines de milliers d’hectares brûlent régulièrement dans le Sud- Est, notamment. Sur certains massifs, les accès sont diffi­ciles, voire impossibles. Les plus anciens se souviennent des tragédies de 1947 et 1949 dans les Landes, où respecti­vement 390 000 et 140 000 ha brûlèrent et où près de 100 personnes, dont de nombreux pompiers forestiers péri­rent dans les flammes.

Depuis, de nombreux layons ont été tracés et entretenus, des routes d’accès aménagées et des dispositifs d’alerte (tours de guet, surveillance aérienne, patrouilles), mis en place. Ce n’est pas le cas dans de nom­breux endroits de la région Sud-Est. En outre, le mitage de certaines zones par des résidences rend la prévention diffi­cile (les nouveaux résidents, souvent étrangers aux coutu­mes de prudence du pays, sont à l’origine de nombreux départs de feux), et la lutte contre les incendies déclenchés est rendue particulièrement complexe et périlleuse en rai­son de la dispersion et du nombre des habitations à proté­ger. Autrefois, l’habitat n’était constitué que de villages, plus aisés à défendre collectivement.

Pourtant, Météo-France met à la disposition des pou­voirs publics un instrument de prévention extrêmement précieux. En effet, une station météo est intégrée à l’état-major de zone des sapeurs-pompiers pour les treize départements de la région Sud-Est. Elle rend des conclu­sions deux fois par jour sur la potentialité des départs de feux et leur vitesse de propagation, compte tenu de l’évaporation, de l’état de sécheresse, de la réserve en eau des couches superficielles et profondes des sols, de la force et de la direction des vents, de la température et de l’humidité de l’air. Il ne faut donc pas être grand clerc pour deviner que lorsque certaines circonstances sont réunies dans cette région, les incendies vont éclater. Et dans ce cas, le rôle du ministre en charge de cette responsabilité est de prendre des mesures de prévention.

On a beaucoup incri­miné les incendiaires volontaires, pyromanes, délinquants et laissés-pour-compte sans espoir des quartiers défavorisés comme les fameux « quartiers nord de Marseille ». On a aussi stigmatisé l’imprudence des touristes ou des résidents récemment installés. A juste titre, évidemment. Mais ces facteurs font partie des circonstances qui viennent d’être évoquées, au même titre et pas plus que les incendies qui couvent pendant des jours après un coup de foudre (35 % des départs de feux dans les landes de Gascogne).

Le 17 et le 18 juillet 2003, un incendie ravage le mas­sif des Maures, dans le Var. Il détruit 10 000 ha dans les zones de Saint-Aygulf, des Issambres et de Roquebrune- sur-Argens ; 8 000 personnes doivent être évacuées. Le feu a gagné les routes départementales RD 25 (Le Muy / Sainte-Maxime) puis la RD 8 entre Roquebrune- sur-Argens et les Issambres. C’est l’incendie le plus impor­tant dans ce département depuis treize ans.

Le 21 juillet, Mme Bachelot, ministre de l’Écologie prend un arrêté d’ouverture de la chasse aux canards sur le littoral (pour la date du 9 août), contre une directive de la Commission européenne…

Le 27 juillet, le président Chirac, visitant l’unité n° 7 de sécurité civile de Brignoles (Var) se félicite du fait que « une fois encore, la coordination et l’union ont payé » dans   la lutte contre le feu. Mais dès le lendemain, le 28 juillet, un deuxième feu touche à nouveau les communes déjà sinistrées ainsi que les routes sur Plan-de-la-Tour et Sainte-Maxime. La RD 25, principal axe de liaison entre l’autoroute A8 et le golfe de Saint-Tropez, devient inacces­sible. C’est également le cas pour les RD 44 et RD 72 à proximité du Plan-de-la-Tour, empêchant tout passage dans le secteur.

Le 30 juillet, alors que les incendies font rage dans le Sud-Est, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (fnspf) dénonce « l’absence d’anticipation et de mise en œuvre des moyens de prévention en amont des incendies » et juge que « ce gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé, a une vision comptable à court terme de la sécurité civile ». Le président de la FNSPF, le colonel Daniel Ory ajoute : « Nous avions les éléments suffisants depuis le mois de mai pour nous préparer. »

Le 31 juillet, M. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, annonce une série de mesures. Une aide exceptionnelle sera versée aux SDIS (Services départementaux d’incendie et de secours) les plus concernés.

Le 5 août, en visite dans le massif des Maures, Roselyne Bachelot, ministre de l’Écologie, fustige le manque d’appli­cation des plans de prévention des risques d’incendie de forêt. Il est vrai que les obligations de débroussaillement et d’entretien ne sont guère observées en raison de leur coût (entre 2 000 et 6 000 € par hectare, selon que le débrous­saillement est mécanique ou manuel et selon la difficulté d’accès).

1er septembre : un incendie éclate au point de conver­gence des communes de Cogolin, Grimaud et La Garde- Freinet, toujours dans le département du Var. Trois pom­piers de La Seyne-sur-Mer meurent au feu. Dans une zone en entonnoir, ils auraient été victimes de l’embrase­ment soudain d’une bulle de gaz produite par l’accu­mulation d’essences végétales libérées par la chaleur de l’incendie.

En 2003, les incendies de forêt auront donc détruit, dans les départements méditerranéens, 63 000 ha et tué 10 personnes dont quatre sapeurs-pompiers. La flotte aérienne de 25 avions et 8 hélicoptères a effectué plus de 9 000 heures de vols opérationnels et 16 000 largages depuis la mi-juillet ; 5 000 t de produits retardants ont été répandus. Le 2 septembre, M. Sarkozy promet de lancer une commande pour remplacer les deux vieux Fokker 27 de la Sécurité civile, et il est envisagé de commander égale­ment 3 Canadair et des hélicoptères. Mais au final, on apprend en novembre que « M. Patrick Devedjian, lors de son audition devant la Commission des lois, a indiqué qu’un montant de 45 millions d’euros serait ouvert en loi de finances rectificative pour 2003 afin de permettre le remplacement du Canadair perdu et la substitution d’un avion gros porteur aux deux Fokker ». Au 24 juin 2004, la flotte aérienne de la Sécurité civile comprenait toujours 27 appareils (10 amphibies, 14 bombardiers terrestres et 3 avions d’observation), affectés à la base de Mar-seille-Marignane…

Une fois de plus, et tout comme pour la gestion de la canicule, les pouvoirs publics n’ont fait que réagir, c’est-à-dire se condamner à être perpétuellement en retard sur les événements. Répétons que la seule manière d’éviter

cette attitude ruineuse en vies humaines, en maisons brû­lées et en destruction de flores et de faunes sauvages, consiste à appliquer le principe de précaution. Certes, cette application peut elle-même apparaître ruineuse, mais les prix d’une vie humaine, d’une espèce de tortue ou d’une flore relique ne s’évaluent pas en euros.

Il existe pourtant des solutions. L’interdiction préven­tive de la fréquentation touristique des massifs à risques, avec mobilisation des forces armées si nécessaire, est l’une d’entre elles. Il s’agirait aussi de renforcer les contraintes de débroussaillement et, lorsque c’est possible, d’encou­rager le pâturage en sous-bois des caprins et ovins, c’est-à-dire un usage non spéculatif et non touristique de la forêt. Plus généralement, la gestion et l’entretien de la forêt devrait devenir dans cette région une priorité vitale. Mais combien de forestiers de l’Office national des eaux et forêts travaillent encore dans les massifs des Maures et de l’Estérel ? Une dernière nécessité enfin, et à long terme décisive, est l’interdiction du mitage par les résidences. Cela supposerait de porter un coup d’arrêt à certaines déri­ves, dont le département du Var – à l’image de la Corse – est le théâtre depuis des décennies. Il suffit pour s’en convaincre de voir ce qu’est devenu le littoral de ce dépar­tement qui, il y a encore cinquante ans, comptait parmi les plus beaux du pourtour méditerranéen.

Au cours de l’été 2005, dans des conditions de séche­resse prévisibles depuis longtemps, les incendies de forêt ont ravagé la forêt méditerranéenne, comme d’habitude. Un bombardier d’eau de la Sécurité civile s’est écrasé le 19  juillet dans le Var (secteur de Taradeau) ; le pilote, blessé, en a réchappé. Le 1er août, l’écrasement d’un Canadair à Calenzana (Corse) a coûté la vie à ses deux pilotes. Tous les Canadair de la Sécurité civile ont alors été interdits de vol pendant une dizaine de jours. Le

20   août, un bombardier d’eau Tracker, s’est écrasé dans la région de Valgorge en Ardèche lors d’une intervention sur un feu de forêt. Le pilote et son copilote ont été tués. Le ministre de l’intérieur a évoqué la possibilité de mutualiser, à l’échelon européen, les ressources aériennes contre les feux de forêt. En cas de catastrophes simultanées, on invoquera la fatalité, mais cela permettra en attendant d’éviter de remplacer les trois appareils détruits au cours de cet été meurtrier…

Vidéo : Les incendies de forêt

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : Les incendies de forêt

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