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La radioactivité : Le prochain centenaire et notre responsabilité

Vous êtes ici : » » La radioactivité : Le prochain centenaire et notre responsabilité ; écrit le: 30 mars 2012 par lamia modifié le 30 août 2018

Le prochain centenaire et notre responsabilitéLa radioactivité : Le prochain centenaire et notre responsabilité

La confusion qui a suivi l’annonce de l’accident de Tchernobyl est une indication de plus de la difficulté que nous avons à relativiser les risques et la gravité des événements, surtout lorsqu’ils mettent en jeu la radioactivité. Une des sources de cette confusion est que les effets de la radioactivité se manifestent sur plusieurs plans, que nous distinguons rarement. La possibilité unique qu’a eue et qu’a encore l’énergie nucléaire d’être utilisée pour la destruction de pays entiers est la source justifiée des plus grandes craintes, mais elle perturbe notre entendement.

Il n’est pas aisé d’admettre qu’un grand accident du nucléaire civil est bien modeste face à un conflit nucléaire, et même face à tout conflit armé conventionnel. Ce classement relatif ne rend en aucune façon l’accident acceptable, mais il permet de mieux cerner chaque problème et de préciser la réflexion. La situation à laquelle nous sommes le plus souvent confrontés est l’usage civil de l’énergie nucléaire pour produire de l’énergie électrique, dont les risques sont liés aux déchets et aux accidents graves. Les techniciens peuvent réduire les risques à des valeurs extrêmement faibles, la difficulté étant de le faire sans sacrifier le bénéfice économique. Aussi faible que soit ce risque calculé, l’inquiétude reste cependant grande, sans doute parce que la gravité est celle du cancer, et aussi parce que le risque nous ramène à l’état mental de l’équilibre militaire par la terreur .



On peut même s’étonner qu’il reste une place, certes modeste, pour la vision d’une science bienfaitrice. Les pans qui subsistent de cette ancienne relation à la science sont curieusement isolés des autres perceptions, et font parfois l’objet d’une idéalisation aussi excessive que la diabolisation fréquente du nucléaire. L’analyse dépassionnée aboutit invariablement à une seule question : à partir de quel niveau de risque une activité productive de ressources est-elle individuellement et socialement acceptable ?

La réponse idéale serait l’existence de seuils de doses de rayonnements en deçà desquels les effets seraient nuls. Il existerait, comme pour les limitations de vitesse sur route, des valeurs à ne pas dépasser, en dessous desquelles la tranquillité serait assurée. C’est la vision réglementaire du monde, facile à appliquer et à accepter, mais dont nous sentons bien qu’elle n’est qu’une simplification, peut-être inévitable, de la complexité du réel. Le strict respect par chacun du code de la route à tout instant ne supprimerait certainement pas tous les risques. La réglementation a pour fonction de ramener le risque à des valeurs que nous convenons de trouver raisonnables, mais qui ne sont jamais nulles.

Nous avons vu que les instances internationales de radioprotection n’ont retenu l’approche réglementaire que pour l’établissement de «garde-fous» et que les effets des faibles doses sont volontairement surévalués. Cela décrit mieux la réalité : la radioactivité est toujours décelable, même pour des quantités délivrant des doses infimes. Le risque est toujours là, même si ses effets sont bien trop faibles pour être apparents.

Ce discours est hermétique pour des opinions publiques, qui exigent de savoir «si c’est dangereux» avec une réponse limitée à «oui» ou «non». Le scientifique honnête ne peut répondre aussi brièvement. Il dira : «Plus vous augmentez la dose, plus le risque est grand», et sa réponse pourra passer pour évasive. La vision scientifique du monde, plus réaliste, est aussi moins confortable. Il n’y a plus de certitude, mais seulement des probabilités. Le citoyen ne peut demander au scientifique de prendre seul en charge les décisions, puisque le choix du rapport risque/bénéfice doit être socialement accepté. Chaque fois que l’opinion publique demande un seuil de sécurité, elle délègue implicitement son pouvoir à ceux qui le fixeront. Cela revient à transférer toute la responsabilité à ceux en qui l’on n’a pas toujours confiance…

Lorsqu’on l’interroge sur les risques qu’il est prêt à accepter, la réponse première du citoyen est : «Je n’accepte aucun risque imposé, si petit soit-il. » Si l’on peut adhérer dans un premier mouvement à cette formulation tranchée, un peu de recul nous amène à percevoir qu’en fait le risque ne peut jamais être évacué. La radioactivité naturelle nous est imposée, et nous ne pouvons nous y soustraire. La vie s’étant développée en sa présence, on peut arguer que nous y avons survécu. Cela ne doit pas nous forcer à accepter le risque de l’activité humaine, mais le bon sens nous dit qu’il est inutile de se battre pour le réduire bien au-des-sous du risque naturel. Il y aurait donc un risque acceptable, parce que négligeable devant ce que nous subissons déjà.

Nous acceptons chaque jour de courir des risques élevés, comme celui de nous déplacer en voiture, et nous choisissons de faire courir de grands risques aux autres, en ne respectant pas toujours le code de la route. Parce que ces choix sont entièrement dans la sphère de notre action individuelle, nous nous en croyons maîtres. Mais nos choix restreignent toujours un peu la liberté des autres. De même, les grands choix techniques, dont fait partie l’énergie nucléaire, empiètent sur notre libre choix, au nom de l’intérêt collectif.

Puisque nous sommes tous liés et concernés par les décisions d’intérêt commun, il n’est pas de meilleure issue que de renforcer notre sens de la responsabilité collective. L’autre issue majeure serait dans un repli sur soi, sans doute bien plus dommageable que l’interdépendance. La solidarité familiale a toujours été très forte, et la communauté culturelle est aussi source d’unité. La conscience collective de l’unicité de la planète et de la solidarité inévitable de ses occupants a beaucoup progressé. La vision de la Terre depuis l’espace nous a révélé la fragilité de notre habitat commun. Plus récemment, s’est dégagée la notion de responsabilité envers nos descendants lointains, à qui nous devons laisser une planète habitable. Les scientismes naïfs et les écologismes étroits reculent peu à peu devant cette perception globale du monde.

Mais nos relations avec nos voisins et contemporains restent teintées d’égoïsmes, que ceux-ci soient locaux, nationaux ou autres. Un petit groupe, lorsqu’il se veut et se croit souverain, peut aisément vouloir expédier ses nuisances et ses problèmes chez les autres, en perdant rapidement de vue la conscience planétaire, si neuve et encore bien frêle. La maîtrise des applications et des risques de la radioactivité, sur des milliers de kilomètres et des siècles, au-delà de nos habitudes de pensée, serait un bon exercice pratique de progression de la responsabilité citoyenne, précisé-ment là où l’on perçoit le déficit de solidarité. La radioactivité ignore en effet nos découpages de l’espace et du temps : un nuage radioactif ne s’arrête pas à une frontière administrative, et nous ne savons pas agir sur la durée des substances radioactives. Nous n’avons tiré de cet état de fait que des querelles de voisinage entre puissances ou des affrontements entre groupes d’opinion. Nous n’avons pas encore su les utiliser pour faire évoluer notre perception de la globalité de l’espace et du temps, et des relations entre nos actes et leurs conséquences. C’est pourtant à grande échelle que la radioactivité nous incite à raisonner.

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