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Le temps du prisonnier

Vous êtes ici : » » Le temps du prisonnier ; écrit le: 13 juillet 2013 par imen modifié le 8 novembre 2014

C’est aussi le cas des prisonniers, pour qui l’enfermement, la rupture avec l’environnement habituel, la perte d’horaires familiers, suscitent un dérèglement de la notion du temps.1 Ils se sentent comme volés de leur temps. « Le temps coule vite en prison, mais sans bouger», écrit le chef d’État polonais Josef Pilduski, qui a raconté ses longs séjours dans les prisons allemandes et russes, avant l’indépendance de la Pologne. Il explique comment, pour un prisonnier, il est difficile d’évaluer le temps dans un univers dominé par le monotonie, car en prison il ne se passe rien, sinon la répétition de gestes quotidiens, ponctués par des repères auxquels on finit par donner une importance démesurée, comme les repas ou les appels. L’isolement et l’absence d’occupation retentissent aussi sur les troubles du temps chez les prisonniers, qui sont souvent tentés par des activités étranges, comme compter les brins d’herbe qui poussent entre les pavés de la cour, ou dresser les punaises et les araignées qui leur tiennent compagnie. L’absence de projet et l’impression d’être à  jamais mis hors de la société et d’une vie normale font que les suicides sont, en prison, plus nombreux qu’ailleurs.
« Donnez-nous à tous, Seigneur, la force nécessaire pour résister au temps, écrit le Pr Jean Bernard, grand médecin, grand biologiste ,  et résistant, dans sa Prière pour les prisonniers de Fresnes. A ce temps de Fresnes dont l’unité n’est pas la minute ou l’heure, mais le trimestre et l’année. Donnez-nous la force nécessaire pour résister aux jour, pour résister au réveil, à cette cruelle connaissance  que nous faisons chaque matin de nous-mêmes, du décor sordide, des murs squameux […] Donnez- nous la force nécessaire pour résister aux nuits, pour dompter les noirs chevaux qui, vers minuit, nous écartèlent et faites-nous ie don de ces moments de grâce que j’ai parfois connus, [ou] la lucidité au rêve vient s’allier. »
En prison, on est coupé du temps social et institutionnel. Ils sont remplacés par un temps carcéral, haché par des éléments qui paraissent souvent absurdes, comme les attentes passives devant les nombreuses portes et grilles, que les gardiens doivent ouvrir et fermer avec précaution, tandis que le détenu attend, impuissant. Ce dernier est transformé peu à peu en un rouage pénitentiaire. La prison est un système clos, fermé sur lui- même, qui ne s’arrête jamais : elle fonctionne jour et nuit et tout y est minutieusement programmé. Pour la sociologue Catherine Pauchet : «Le temps pénitentiaire est un temps aliénant, car obligatoirement dominateur. Ainsi se construit progressivement un temps éloigné du champ de la conscience, qui créé un nouveau comportement, une nouvelle personnalité […] La routine rend la vie des détenus indifférenciée, les jours se suivent en se ressemblant […] La suppression de l’organi­sation et de la jouissance du temps personnel est un moyen de coercition par excellence, pour ramener l’individu à une posi­tion d’obéissance […] Le détenu devient incapable de produire son propre temps, de s’autonomiser – au point qu’on peut émettre des doutes sur la capacité du libéré de vivre normale­ment dans la communauté libre. » D’autant que s’il a passé beaucoup de sa vie en prison, le monde que le prisonnier retrou­vera, à sa sortie, sera différent, car notre temps change très vite, et il aura beaucoup de mal à se réinsérer dans une société qui ne sera plus la même, qui ne vivra plus au même rythme, où il n’aura plus ses repères.

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